J'adore Paul Eluard. Et ces vers...Quand j'étais étudiante j'emportais toujours un de ses recueils avec moi, au fond de mon sac. Oh, une édition peu coûteuse évidemment. De ces livres que l'on glisse dans la poche ou le fond d'un sac élimé. Petite somme de pages mille fois annotées. Couverture cornée. J'avais mes poème préférés. Ceux dont j'avais coché le titre en fin de recueil. Je les lisais en attendant le bus pour ne pas croiser le regard des gens de la grande ville.
Ils m'intimidaient. Je venais de la campagne.
Je les lisais en attendant le début du cours, isolée dans l'AMPHITHEATRE, perdue dans les gradins...d'autres gradins que ceux de pierre ancestrale.
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J'étais seule. Timide.
Je les lisais assise sur les radiateurs du couloir et adossée aux baies vitrées de l'université.
Devant le flot incessant des étudiants qui passaient devant moi.
Ils ne prêtaient pas attention à cette petite blonde dont l'allure était si juvénile qu'elle semblait avoir obtenu son bac à quatorze ans.
J'étais invisible. Je le regrettais mais en même temps, la poésie m'offrait un refuge dans lequel je plongeais. Le papier était une vague mer intérieure.
J'étais invisible. La poésie me rendait invincible.
J'étais différente.
J'étais simple.
J'étais peu cultivée.
Je ne savais pas qui était ce Marcel Proust dont mes collègues étudiants semblaient si bien maîtriser la dentelle des mots.
Ma culture c'était les fleurs, les arbres, les saisons...la nature.

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Mais derrière cette timidité se cachaient tous mes rêves. J'en avais plusieurs. Modestes, peu nombreux. Je ne savais pas que j'avais le droit d'en avoir des centaines et de les réaliser,tiens !

J'ai lu récemment que finalement, ce qu'il y a de plus beau, c'est justement que le rêve ne dépasse jamais le stade du rêve. Je ne suis pas toujours de cet avis. C'est une consolation. S'en persuader pour ne pas subir la frustration et faire un triste bilan à la fin de sa vie. "Quels étaient mes rêves?"



Vous devez vous dire qu'il n'y a pas de fil conducteur qui guide mes propos. Je me laisse juste guider par mes pensées. N'est-ce pas très Surréaliste d'ailleurs comme attitude face à l'écriture? Automatique. Association d'idées. Jaillissement de pensées et d'images. 
Ce matin je me réveille avec les yeux qui piquent et des rêves et des images qui virevoltent au coeur. 

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Dans ma liste de rêves modestes il y avait "Visiter le théâtre antique d'Orange" dans le Vaucluse

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Voilà qui est fait. Nous nous sommes régalés. 
La chaleur était écrasante. 

Oh oui ça soufflait et pestait un peu quand j'ai proposé de gravir les marches pour contempler le théâtre d'en haut.
Mais quelle satisfaction elle a ressenti !

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Une aire de jeu grand format dont chaque pierre racontait un Histoire lointaine et fascinante

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Elle écoutait studieusement les histoires de masques, de cothurnes et d'empereurs.
Des histoires de foules et de fous
Des histoires de liesse et de chants
Je la regardais. Fière.
D'elle.
De nous.
Pouvoir lui offrir la chance de s'abreuver à la source de la culture.
Penser à mon enfance, si différente et belle.
Une enfance, sans audioguide, sans excursion, sans littérature à la maison.
Mais l'essentiel était là, comme aujourd'hui.

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Lorsque j'étais assise au coeur du théâtre, mes yeux fertiles furent emportés par les lignes hypnotiques qui m'entouraient.
Cernée de courbes, d'alignements esthétiques.
Une sorte de perfection immortelle.

 

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J'éprouvai une gratitude immense. C'est un mot à la mode mais c'est ce que j'éprouvais.
J'étais fière de moi, de nous. 
Notre vie ressemble à un grand théâtre antique:
Nous y sommes si insignifiants, microscopiques au milieu du choeur
et le "jeu" consiste à en gravir pas à pas les marches sous une chaleur parfois étouffante. 
Mais lorsque nos pas et nos efforts nous amènent au sommet du monument, 
nous contemplons un superbe panorama; 
la somme des chemins empruntés
Parfois du bout des pieds
Parfois les marches quatre à quatre
Notre vie ressemble à un grand théâtre antique:
Nous y semblons si insignifiants mais c'est une illusion
car si nous chantons,
alors nos voix s'élèvent et résonnent avec splendeur

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