Ce mois est une fête. Il sent le printemps. J'aime bien le verbe "fleurer". Il m'évoque les parfums, l'odeur agréable qui vient te surprendre sans te laisser le choix. Puis j'imagine bien une p'tite dam' claironner "Mmmhhhh ça fleure bon l'printemps, trouvez pas?" ...oui parfois j'ai des idées comme ça, de clichés bien franchouillards sortis d'on-ne-sait-où. J'ai plutôt grandi loin de la butte Montmartre et j'imagine des dialogues où résonne de l'Arletty "Atmosphèèère".

Avril, celui qui nous intime l'ordre de ne pas nous découvrir d'un fil.
Pour une fois, je ne vais pas encore lui désobéir. Le soleil nous boude en Provence. Je ne sais pas ce qu'on lui a fait, mais il est sacrément fâché. Il vient parfois nous narguer le matin, vers neuf heures trente cinq. Alors il souffle une douce brise d'euphorie oculaire. Il me prend des envies de bras dénudés, de lunettes noires, de Dolce Vita. Et puis hop! le voilà qui file en douce, en ricanant de sa bonne blague. Toi tu es là, les bras ballants puis tu les recouvres vite du chandail boulloché mais chaud. On attendra.

Avril. Il y a pourtant des signes qui ne trompent pas. Il suffit d'observer...comme toujours. Poser son regard. Prendre son temps. Contempler. Bien sûr que chacun peut trouver CE temps ! On a habitué nos yeux à du ping pong, gauche droite, droite gauche comme à Roland Garros. Pour tout ! Les rayons du supermarché, les gens que l'on n'ose pas regarder c'est vrai...la nature, les choses. Fast food, fast eye. Tout doit-il aller vite ?... Je réapprends à voler ce temps. Sans mentir, c'est 30 secondes pour regarder vraiment les nervures des feuilles de cornouiller ou la grappe qui se prépare sur les branches du framboisier! C'est 20 secondes -et ce pourrait être toute une vie- pour admirer profondément l'iris de mon bébé, sa fossette au coin de la bouche, côté droit uniquement. Ah oui...pas de perfection. L'asymétrie c'est humain. Le temps, les choses... Nous ne possédons rien alors volons les instants et observons...

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L'érable déployé comme des dizaines de mains tendues...puis la promesse fruitée

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Le discret myosotis (du Caucase s'il vous plaît...monsieur n'est pas n'importe qui ! d'ailleurs un peu mégalo, ou seulement angoissé, lui qui a toujours si  peur qu'on l'oublie, qu'on le relègue au rang des antiquités...il se fait appeler Outre-Manche "forget me not" ou "vergissmeinnicht" sur les bord du Rhin...mais non on ne t'oublie pas. Tu n'es pas démodé, tu es suranné...c'est bien mieux. Plus tard, jaimerais être une vieille dame surannée. J'ai de ces ambitions...

 

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Le cornouiller et son panache ! "Poussez vous les filles" semble-t-il dire aux fleurs lumieuses du second plan... "Poussez-vous, c'est pour moi les flashs"

Ah elavoilà ma belle...Wisteria...wiiissss...un bruit comme on ouvre un rideau de scène ou un pan de soie sur un dos dénudé. La belle glycine, pas rancunière. Elle aurait de quoi se plaindre. En pot, sur une terrasse...à sentir tout autour d'elle dans les tréfonds , se mouvoir les racines de sa commère la lavande. En toute liberté...Mais non...cinquante fleurs. Voilà son cadeau après seulement une année de compagnie. Merci. En chacune de ses fleurs, je découvre tous ces visages que j'avais imaginés lorsque j'étais enfant et que j'avais lu pour la première fois "Les Fleurs de la Petite Ida". Ce conte d'Andersen, mon pendant joyeux à La Petite fille aux allumettes; deux histoires de petites filles, seules, uniques, rêveuses. Des visages oui. Regardez bien. A  gauche la timide, un peu plus à l'avant une aristocrate, pomponnée et apprêtée jusqu'au bout des corolles. Ida et le joli bal des fleurs. Ma jolie glycine, voilà peut-être la clé du mystère de sa générosité. Puisque telles les fleurs du conte d'Andersen, chaque  nuit elle sort de son pot arrondi pour aller danser, elle n'a donc aucune raison de m'en vouloir.

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